| Le NEUBAU, siège de la CCI |
L’histoire de ce bâtiment est à la fois peu connue
des strasbourgeois et des autres et peu commune
Le Neubau, un véritable prototype immobilier
Le Neubau sera en effet, pour ses 'promoteurs', le Magistrat de Strasbourg, et pour ses architectes, une initiative audacieuse. L’originalité de ce bâtiment réside dans son architecture classique de la Renaissance qui tranchait avec l’architecture locale à colombage et ceci jusqu’au 17 ème siècle.
Au 15 ème siècle, l’Alsace montre peu d’enthousiasme pour la welsche manier, donc pour une architecture structurée par des motifs antiques. Il s’agit là d’une exception pour l’époque. D’où tous les débats autour de sa construction. Peut-être, à Strasbourg, se méfie-t-on de trop d’ostentations ? En 1498, du haut de sa chaire de la Cathédrale, Geiler Von Kaisersberg avait d’ailleurs critiqué sévèrement le luxe apparent de certaines demeures bourgeoises. Le prédicateur trouvait que beaucoup ne construisaient pas seulement pour leur besoin mais uniquement pour leur gloire. Aussi, faut-il du courage au Magistrat, le pouvoir exécutif de la République de Strasbourg, pour décider de la construction de cet hôtel à la fois spectaculaire et onéreux, avec des façades toutes réalisées en pierre de taille et avec un ordonnancement ”antiquisant”.
A la fin du 16 ème siècle, il fallait se rendre à Bâle ou à Heidelberg pour trouver une architecture aussi révolutionnaire. Le Neubau sera ainsi le premier édifice strasbourgeois construit en pierre de taille. A l’instar de tous les prototypes, il véhiculera à la fois les ambitions architecturales et urbaines des membres du Magistrat mais sera aussi le témoin des indécisions de ce même Magistrat.
Le Neubau sera ainsi édifié à la rencontre des deux principales artères de la cité médiévale : d’une part, l’axe du commerce, qui part de l’Ancienne Douane : le port de Strasbourg au Moyen-Age, passe par la place du Marché aux Poissons également dénommée place Saint-Martin. D’autre part, l’axe principal de la ville, la Grand-Rue, qui débouche presque à ses pieds, sur l’une des entrées de l’antique Argentorate, la rue des Hallebardes.
Pour comprendre la richesse de ce bâtiment, il faut s’intéresser à son environnement immédiat C’est donc à la croisée de ces artères, après que le pouvoir épiscopal ait été évincé, en 1262, que s’établira le centre politique de la République de Strasbourg. Au nord de l’actuelle place Gutenberg, on trouve l’Hôtel de la Monnaie achevé en 1507, et la Pfalz, l’Hôtel de Ville, qui date de 1321, et derrière elle la Chancellerie. Trois bâtiments qui ont en commun leur style architectural et notamment leurs pignons à redents. Ces trois édifices, dont les gravures nous prouvent qu’ils étaient à la fois imposants et majestueux, seront les victimes de l’urbanisme pré-révolutionnaire du 18 ème siècle. Enfin, on trouve l’église Saint-Martin et le...cimetière du même nom. C’est, en partie, à la disparition de l’église Saint-Martin que le Neubau devra sa construction... En effet, cet édifice religieux particulièrement riche pour son architecture gothique et les oeuvres d’art qui y étaient exposées, sera victime, entre 1524 et 1525, de la Réforme et entièrement saccagé. Pendant plus de 5O ans, nous sommes toujours au 16 ème siécle, le Magistrat hésitera sur la vocation de cet espace sur lequel se trouvent les ruines de l’ancienne église. Il est vrai que la Municipalité de Strasbourg est fortement sollicitée pour participer financièrement à la vie et aux efforts de guerre de l’Empire.
En 1555, la signature de la paix d’Ausbourg voit le début d’une période de stabilité politique et économique.Le débat sur la vocation de cet espace est dès lors relancé au sein du Magistrat où une majorité de ses membres se prononce pour la réalisation d’un édifice de prestige. Mais, vous l’imaginez aisément, la perspective d’un coût élevé suscite de vives discussions...d’autant que son affectation définitive tardera à être précisée... Véritable mécène de cette opération...immobilière, le Magistrat s’ouvre pour la première fois aux spéculations artistiques nouvelles, soutenues d’ailleurs par une grande partie de la bourgeoisie strasbourgeoise. Strasbourg se dotera ainsi, racontent les historiens, d’un édifice ”à l’aspect unique à cette époque dans les pays de l’Empire germanique.” En fait, à la fois prototype et chef d’oeuvre, le Neubau introduit, à Strasbourg, l’art nouveau de la renaissance italienne.
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Une histoire à rebondissement
De 1582 à 1585, la construction du Neubau est une véritable histoire à rebondissement : Le chantier prend un certain retard, il faut près de deux ans pour que le rez-de-chaussée soit achevé. D’autre part, la destination finale du bâtiment n’est toujours pas connue : en 1584, on projette de ne pas construire le deuxième étage, d’autant plus que certains vices de construction apparaissent déjà. L’année suivante, en 1585, le Neubau est enfin terminé. Son rez-de-chaussée devient une véritable galerie commerciale qui accueille boutiquiers et artisans et ceci jusqu’à la Révolution. L’affectation définitive des salles des premier et deuxième étages ne sera finalement décidée qu’en 1588 à la suite de l’accueil d’une délégation zurichoise.
De fait, le Neubau sera, jusqu’en 1779, le ”palais des congrès de Strasbourg”, lieu d’échanges entre les corporations et les pouvoirs politiques ou judiciaires, lieu d’accueil des marchands habitués des foires hanséatiques et rhénanes. Nous reviendrons dans quelques instants sur l’histoire parfois tragique du Neubau. Auparavant, essayez d’imaginer le bâtiment tel qu’il était à la fin du 16 ème siècle.
Roland RECHT, dans son ”Histoire de Strasbourg”, précise qu’il s’agit d’une ”construction fort remarquable. Sa façade présente une ordonnance monumentale où sont superposés les trois ordres -toscan, ionique et corinthien- tandis que le rez-de-chaussée est voûté sur croisées d’ogives”. L ’accès aux étages du bâtiment se fait par un pont en pierres enjambant l’actuelle rue des Serruriers depuis la Chancellerie qui sera démolie en 1793 ou par un escalier à vis dans l’angle nord de la cour intérieure. Il sera démoli en 1889 et remplacé par deux escaliers intérieurs que l’on peut emprunter aujourd’hui. Mais c’est surtout son aspect extérieur qui confère au Neubau cet aspect majestueux...
Outre des sculptures sur le portail, le bâtiment est à l’instar de tous les édifices municipaux de la place, peint à la fresque. L’un des motifs de cette fresque a d’ailleurs été reconstitué pour le 400ème anniversaire de ce bâtiment, en 1985. Jusqu’à la Révolution, ces fresques qui représentent des allégories plus ou moins bibliques, confèreront un aspect coloré au Neubau que l’on peut encore voir sur la Maison Kammerzell ou sur l’horloge astronomique de la Cathédrale ou bien encore dans certaines cités suisses.
Imposant, majestueux, inédit, le Neubau est vraisemblablement le fruit d’un seul architecte, Hans SCHOCH, qui marqua, à Heidelberg, à Strasbourg et dans plusieurs cités de l’Empire, son époque grâce à son inspiration antiquisante...Cependant, il est difficile de savoir, aujourd’hui encore, si Hans SCHOCH fut le seul architecte de ce bâtiment : on sait simplement que dès 1583, son oeuvre fut critiquée notamment par une partie du Magistrat qui voyait en lui un ”papiste” et dans le style architectural qu’il prônait, des formes et des reliefs que les protestants orthodoxes assimilaient ...au catholicisme.
Après les tensions religieuses, les affrontements politiques ! Pendant deux siècles, le bâtiment servira d’annexe à l’ancien Hôtel de Ville voisin. Ce n’est qu’après la démolition de celui-ci, en 1781, que le Neubau prendra officiellement le nom et la fonction d’Hôtel de Ville. Mais le 20 juillet 1789, les strasbourgeois apprennent la prise de la Bastille, se massent devant le Neubau, réclament la suppression de l’octroi et de l’accise sur la viande et le pain, en lançant de nombreuses pierres sur le bâtiment où se trouve réuni le Magistrat, qui finalement accepte la revendication. Le lendemain, le bruit court que le Magistrat serait revenu sur sa décision. La foule saccage entièrement le Neubau. Le Magistrat quitte alors l’édifice qui est, quelques années plus tard loué et vendu, en 1795, à des particuliers.
La Révolution abolit les corporations et à Strasbourg, le Corps des Marchands. Toutefois le vide institutionnel créé par cette disparition ne tarde pas à se faire sentir, aussi la municipalité autorise-t-elle, dès 1790, la constitution d’un ”Comité du Commerce”, destiné à étudier la création d’une Chambre de Commerce. Mais il faudra attendre plus de dix ans pour que l’arrêt consulaire du 3 nivôse an XI (1802) crée les Chambres de Commerce dans 22 villes françaises dont Strasbourg. La seule ressource financière de la jeune Chambre de Commerce est, à ce moment, l’entrepôt municipal implanté sur les berges de l’Ill la ”Douane”. ”L’Empire”, écrit Christian LAMBOLEY, ”donne à Strasbourg, un rôle de plaque tournante à dimension européenne, même si ce n’est que pour une courte période”. A partir de 1806, l’Alsace connaît un fort développement économique, le blocus continental fait de Strasbourg le premier port fluvial européen et la capitale commerciale du vin. Le bâtiment sera acquis, en 1808, par l’Institution et portera dès lors le nom de Chambre de Commerce. Cette situation de prospérité connaîtra un coup d’arrêt d’abord en 1812 puis en 1814. Avec la chute de l’Empire, le Rhin redevient frontière. La Chambre de Commerce dont les revenus dépendent du commerce et de la navigation pâtit de l’Union douanière allemande. Outre la Chambre de Commerce, le Neubau abrite la Bourse de Commerce, le Cercle du Commerce, véritable association professionnelle des commerçants strasbourgeois et le Tribunal de Commerce. Avec peine, en raison des difficultés économiques de la Restauration, la Chambre de Commerce termine de rembourser l’achat de l’hôtel. Le Second Empire voit un net redressement de la situation économique dû notamment à la réalisation du chemin de fer Paris-Strasbourg, en 1852. Le 11 mars 1868, la Chambre est autorisée par un décret impérial à souscrire un emprunt qui permet d’adjoindre au bâtiment une aile supplémentaire au Neubau. 1870, 1918, 1945, le Neubau échappera aux bombardements que connaît, pendant ces trois conflits, Strasbourg, à l’exception des dégâts occasionnés sur la façade par une bombe, en août 1944.
Bâtiment de prestige, lieu d’âpres discussions, espace en perpétuelle évolution, le Neubau n’est pas devenu un simple monument historique. Ses nombreuses transformations, ses remises en cause architecturales, les vicissitudes de l’histoire en ont finalement fait un espace de rencontres et d’idées. Depuis les représentants des corporations, qui tenaient tête au Magistrat, aux chefs d’entreprises, élus de la Chambre de Commerce et d’Industrie, le Neubau a toujours abrité les indispensables débats nécessaires au développement écono-mique de Strasbourg et de sa région. Imprégnés de ces sédiments de l’histoire, la Chambre de Commerce et d’Industrie poursuit cette mission.
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Nouvelle passerelle entre le monde de l’économie et de la culture
L’Espace exposition de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Strasbourg et du Bas-Rhin s’ouvre à tous les talents. Les expositions s’y succèdent et ont notamment accueilli le Centre Rhénan d’Art Contemporain, Daniel Druet, Sylvie Lander, Annie Greiner, la Fondation Jacques Pajak, Angelika von Stocki, la CRCC pour les Cent ans du cinéma, l’Oeuvre Notre-Dame, l’Institut Culturel Italien, Lalique, Hermès, la collection prestigieuse des costumes d’Emi Wada, Paul Grimault, Weisbuch et des expositions itinérantes comme Al Andalus (Institut du Monde Arabe) et Patrimoine industriel français (Institut Nicolas Ledoux) ...
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Les transformations successives de la Place Gutenberg
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