|
|
| Numéro 276 . Septembre 2009 |
 |
Quel avenir pour l’Aéroport de Strasbourg |

Vérités et espoirs Non, l’aéroport n’est pas condamné. En dépit d’un contexte concurrentiel difficile et d’une conjoncture économique défavorable, la CCI croit en son avenir. Des pistes se dégagent. Entretien avec Philippe Colson, directeur général de la CCI et directeur par intérim de l’Aéroport international
Strasbourg.
 |
Point Éco : Perte de passagers, distorsion de concurrence, ressources foncières restreintes… L’aéroport a-t-il toujours un avenir ? Philippe Colson : Beaucoup de choses ont été dites, parfois inexactes ou non replacées dans leur contexte. En juillet dernier, nous avons publié un Livre Blanc* afin de faire le point sur la situation. Destiné aux ministères concernés - transports, budget, affaires européennes -, ce document également diffusé auprès des collectivités publiques et territoriales rétablit des vérités. Il ne s’agit pas de nous dédouaner mais de montrer que la situation difficile résulte en bonne partie de décisions du passé. Tout a été analysé dans le document : les occasions manquées mais aussi les atouts de notre aéroport et les pistes de développement.
PE : On a reproché à la CCI de ne pas avoir anticipé l’arrivée du TGV en 2007, qu’en est-il ? PC : Dire que la CCI n’a rien fait est inexact. En prévision de la baisse de trafic, nous avons prospecté l’ensemble du secteur aéronautique, en particulier les compagnies low cost, les compagnies charter, l’aviation d’affaires, le fret, malheureusement sans résultat probant tout au moins jusqu’à présent. Nous avons également fait en sorte de consolider nos partenariats en particulier avec Air France. La crise économique violente que nous connaissons à l’heure actuelle ne nous aide pas et vient amplifier la baisse de trafic due au TGV. Nous sommes ainsi passés de 2 millions de passagers à 1,1 millions, situation qui d’ailleurs ne nous est pas spécifique puisque l’ensemble du trafic aérien connaît une chute importante de fréquentation en France et dans le monde.
PE : Lorsque l’on évoque les occasions manquées et le low cost, on pense immanquablement à Ryanair… PC : Un certain nombre de projets de développement menés au cours des mandatures précédentes n’ont pas abouti. L’affaire Ryanair est emblématique dans la mesure où cette compagnie low cost offrait des perspectives prometteuses de développement de trafic, mais l’action en justice pour concurrence déloyale menée par la compagnie Britair, a provoqué le départ de cette compagnie pour Baden, où elle a trouvé des conditions d’exploitation très favorables, car le système de taxes d’aéroport est beaucoup plus avantageux en Allemagne qu’en France, cela est vrai également pour l’aéroport de Bâle-Mulhouse qui bénéficie de la réglementation helvétique.
|
PE : Quelles sont et seront les conséquences de la crise actuelle sur les salariés de l’aéroport ? PC : Nous traversons un cap difficile qu’aucune entreprise ne saurait passer sans revoir son modèle économique et prendre les mesures de remise à niveau. En effet, on ne peut pas gérer de la même façon un aéroport lorsqu’il passe de deux millions à un million de passagers. Aussi nous avons étudié tous les moyens de réaliser des économies par une remise à plat de notre organisation. Ce travail nous a amenés à organiser différemment l’exploitation et à la simplifier. Ainsi, certaines personnes ont pu bénéficier d’un départ anticipé à la retraite, d’autres ont pu être reclassées en interne. Il en a été de même pour la plupart de nos sous-traitants. Je me suis attaché avec l’ensemble des équipes de l’aéroport à mener à bien cette adaptation de l’outil. Nous avons également été soutenus dans notre démarche par l’ensemble des collectivités que ce soit la ville de Strasbourg, la CUS, le Département ou la Région.
PE : Le positionnement de Strasbourg comme capitale européenne interdit d’envisager un scénario sans aéroport, quelles sont les orientations prévues par la CCI ? PC : De par son rôle institutionnel européen, l’aéroport de Strasbourg bénéficie du soutien de l’État et des Collectivités pour l’exploitation de certaines lignes européennes. Ces lignes sous OSP (Obligations de service public) au nombre de cinq (Amsterdam, Copenhague, Madrid, Prague, et Milan qui pourrait être remplacée par Rome), constituent le socle de nos liaisons européennes, auxquelles s’ajoutent les dessertes de Bruxelles et de Londres. Ce sont essentiellement des vols qui alimentent les grands hubs de correspondances auxquels il faut ajouter la liaison avec CDG le hub d’Air France desservi quatre fois par jour. Sur le réseau des lignes transversales, notre objectif est de conserver les lignes qui ne seront pas ou peu impactées par les projets de développement des TGV (TGV Rhin- Rhône, TGV-Est 2e phase). Il s’agit notamment des dessertes de Nantes, Bordeaux, Toulouse, Nice et Marseille. Les vols vacances sont également importants. Notre offre s’enrichira dès cet hiver de deux dessertes vers l’Égypte (Taba et Le Caire-Louxor), et d’autres destinations sont à l’étude.
|
PE : Quel développement avec votre principal partenaire, Air France ? PC : Notre Président Jean- Louis Hoerlé et moi-même avons rencontré récemment les dirigeants d’Air France à Paris. Nous étions accompagnés par le Président du Conseil Régional d’Alsace, le Maire de Strasbourg, le Président de la CUS, et le sénateur Grignon représentant le Conseil Général du Bas-Rhin pour évoquer l’avenir. Les élus ont ainsi voulu montrer qu’ils étaient solidaires de Strasbourg, le Président de la CUS, et le sénateur Grignon représentant le Conseil Général du Bas-Rhin pour évoquer l’avenir. Les élus ont ainsi voulu montrer qu’ils étaient avec le gestionnaire que nous sommes et se sont montrés déterminés à trouver des solutions pour l’avenir. Les dirigeants d’Air France ont été très attentifs à nos problèmes engendrés par la spécificité de notre marché à cheval sur la frontière, avec une concurrence très forte, et se sont engagés à réétudier leur politique tarifaire afin de la rendre plus compétitive. Paris et Amsterdam resteront le fer de lance du développement du Groupe Air France, et Paris-Orly reste une destination attractive notamment pour les hommes d’affaires qui peuvent ainsi rejoindre l’ouest ou le sud de Paris en 50 minutes.
PE : Au-delà des 20 destinations régulières, quels sont les autres atouts de l’Aéroport ? PC : l’Aéroport international Strasbourg bénéficie de nombreux atouts, dont une qualité de service reconnue, une accessibilité routière et ferroviaire maintenant remarquable, des installations techniques de bon niveau, une démarche environnementale exemplaire… et des tarifs de stationnement concurrentiels. Notre gros problème est de gérer la désaffection des passagers. En excellent état, très bien entretenu, Strasbourg international dessert de nombreuses destinations avec des nouveautés comme Alger cet été, et Lisbonne à partir de l’automne. J’incite chacun à avoir le réflexe de consulter les sites Internet, en particulier celui de la Compagnie Air France, qui propose des tarifs tout à fait compétitifs, si l’on tient compte du confort procuré par un aéroport de proximité. * disponible sur le site www.strasbourg-aeroport.fr
|
|
|
|