Internet et gestion de données, quel avenir pour les métiers de la documentation ?
Le web semble être l’Eldorado de l’information. On a cru, au tournant des années 2000, qu’il supplanterait les métiers de la gestion documentaire. Aujourd’hui, le propos est plus nuancé comme il l’a été démontré lors d’une conférence tenue sur ce thème à la CCI.
À l’heure du web, l’information semble à portée de clavier mais tout n’est pas si simple. Sommes-nous certains de disposer d’une documentation exhaustive, fiable et non obsolète ? Au-delà de sa facilité d’utilisation, un moteur de recherche a ses limites. Pour en user avec le plus de pertinence possible, l’intervention humaine reste indispensable comme l’a expliqué récemment à la CCI Delphine Kieffer, consultante en organisation et ingénierie documentaire au Cabinet Aubance à Haguenau, lors d’une conférence* intitulée « Quel avenir pour la gestion documentaire à l’heure d’Internet ? ». L’oratrice a dressé un historique remontant aux années 50-60. Avec l’arrivée des premiers ordinateurs et des banques de données sont apparus des langages documentaires complexes. Indispensables, les documentalistes étaient seuls à même d’indexer les documents pour alimenter les bases de données ou les exploiter. Les années 70-80 ont vu surgir des bases de données spécialisées au sein des entreprises et des organismes de recherche. Une démocratisation s’est enclenchée vers 1980 grâce au développement des Cédéroms et du Minitel avant que le Web n’éclate dans toute sa splendeur en 1990, étendant la « clientèle » à tous les internautes. L’accès à l’information semblait alors sortir de la sphère professionnelle. Il était moins nécessaire d’indexer la documentation puisque tout se faisait par l’intermédiaire du moteur de recherche. En 2000, on est revenu à une position plus modérée en articulant techniques automatiques et nomenclatures documentaires.
Parallèlement, les moteurs de recherche ont démontré que le « tout automatique » n’était pas pleinement satisfaisant. « Ils peuvent suffire à une recherche superficielle mais pas en cas de veille, par exemple », précise Delphine Kieffer. Le volume des données - important et cependant non exhaustif puisqu’il ne concerne pas le « web invisible » où se trouvent les informations les plus pointues -, la validation non assurée, le manque de hiérarchisation sont autant de handicaps.
Une démarche de détective
« Aujourd’hui, il s’agit plus de moteurs de communication que de documentation », ajoute la conférencière. Des outils existent pour affiner une recherche. Une bonne stratégie passe par leur connaissance, à l’instar des annuaires, ou des portails spécialisés ainsi que par la maîtrise des contenus sur lesquels on travaille. Une démarche de détective en somme, en tous les cas un véritable métier qui concerne tant les personnes qui mettent des informations en ligne que celles qui les exploitent.
*Cette conférence s’inscrit dans le cadre d’un programme de l’APUIE (association pour la promotion et l’utilisation de l’intelligence économique) financé par la Région Alsace et la DRIRE.