Enjeu majeur tant en ce qui concerne le développement économique de la région que l’aménagement du territoire et la problématique du changement climatique, la logistique a fait l’objet d’une étude de grande ampleur dont les conclusions ont été présentées aux acteurs de la profession.
Comment la logistique pourra-t-elle s’inscrire dans les mutations économiques en cours ? Quels sont ses atouts et ses faiblesses ? Autant de questions développées dans l’étude menée en 2006 et 2007 par le bureau Samarcande, à l’initiative de l’Observatoire régional des transports et de la logistique d’Alsace (ORTAL). Ce document a été présenté à la Région Alsace le 23 novembre dernier, à l’occasion d’un séminaire qui a rassemblé près de 150 acteurs de la filière, politiques et fonctionnaires des transports. Ce fut l’occasion de rappeler que l’Alsace est une importante région logistique située au cœur de l’Europe, dans la vallée du Rhin, à l’interface de l’Europe latine et de l’Europe germanique, au centre d’un carrefour international de premier ordre où convergent des corridors routiers, ferroviaires ainsi que fluviaux de première importance. Son industrie très diversifiée, l’importance de ses agglomérations - Strasbourg en tête - ont contribué au développement d’une activité essentielle tant pour l’approvisionnement en matières premières que pour l’expédition des produits finis. Reste qu’avec le recul de l’activité industrielle se pose aujourd’hui la question de l’avenir du secteur, de ses 1 600 établissements et de ses 20 000 emplois.
Des atouts... Et des faiblesses
« La logistique alsacienne est aujourd’hui caractérisée par une situation paradoxale, où cohabitent des potentialités exceptionnelles et des freins internes qui brident son développement et empêchent la logistique de jouer un rôle accélérateur pour l’économie régionale », précise l’étude Samarcande. Proche de l’Allemagne et de la Suisse qui resteront durablement des pays fortement inducteurs de logistique et irriguée par les trois principaux modes de transports - l’eau, la route et le fer -, l’Alsace a déjà développé le multimodal pour fonder une logistique puissante et originale qui conjugue sa compétence industrielle et l’excellence de son positionnement international. Des atouts au service d’une excellence logistique déjà réelle mais dont certains acteurs - notamment politiques - n’ont encore que trop peu pris conscience.
Les faiblesses de la logistique en Alsace sont quant à elles généralement moins structurelles que psychologiques, « rarement rédhibitoires », selon l’étude. Elles tiennent à une méfiance pour une activité puissante mais peu visible sur le terrain, à une tradition d’implantation de l’activité économique qui aboutit au « mitage » spatial de la logistique ainsi qu’à une faible offre de zones adaptées pour les établissements à vocation logistique ce qui empêche l’implantation des sites importants. Par ailleurs, subsiste en Alsace une culture patrimoniale où les entreprises développent leurs outils sur des installations propres et réduisent le recours aux prestataires, bridant ainsi le développement de sites adaptés tels que le port autonome de Strasbourg dont la belle activité a été soulignée. En ce qui concerne les infrastructures de transport proprement dites, des faiblesses sont également relevées. Manquent ainsi, au niveau autoroutier, le contournement de Strasbourg et la connexion avec les réseaux allemands. Dans le domaine du ferroviaire, l’étude appelle à la connexion avec le réseau allemand et la mise au gabarit B+ des tunnels ferroviaires de la ligne Mulhouse - Dijon afin de permettre le transport de certaines marchandises sur des wagons. Une situation du fer dégradée qui pénalise la multimodalité et les échanges à longue distance. Autre point qui fut largement évoqué lors des débats, la raréfaction foncière. Celle-ci rend difficile l’émergence de projets pour l’accueil des implantations logistiques ce qui risque de pénaliser la mutation de la logistique des entreprises locales et de détourner de l’Alsace des implantations nouvelles.
Vers une économie des échanges
Selon l’étude, la logistique a pour vocation de rester une activité majeure de l’économie alsacienne et il importe de la développer en tenant compte de variables externes de première importance liées à la mondialisation. La délocalisation des activités productives en Chine ou en Europe de l’Est qu’elle implique induit un « sourcing » plus lointain et valorise l’espace oriental avec lequel l’Alsace est directement connectée, ce qui est un atout dans cette nouvelle donne. L’internationalisation touche par ailleurs la grande distribution qui impose de plus en plus ses conditions aux autres acteurs de la chaîne en accélérant notamment la généralisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) dont la logistique devrait être de plus en plus dépendante.
Ces éléments incitent le bureau Samarcande à préconiser une orientation vers une économie dite des échanges en créant une véritable communauté logistique régionale dont les acteurs sont aujourd’hui encore trop éparpillés. Il s’agit d’ouvrir encore plus l’Alsace sur l’Europe et le monde, de rénover et « multimodaliser » l’offre de transports tout en construisant une véritable politique d’accueil et de maîtrise des implantations logistiques. L’évolution des pratiques de la distribution qui visent à réduire les stocks, la collaboration distributeurs-fournisseurs, la mutualisation des activités de logistique et de transport ainsi que les enjeux climatiques et énergétiques modifieront sans nul doute la nature des organisations logistiques dans l’avenir. Dans ce contexte, l’Alsace garde une ou plutôt des vocations logistiques : inter-régionale, européenne et intercontinentale. L’étude propose quatre scénarios de contexte contrastés à l’horizon 2030. Quelles que soient les hypothèses, certaines variables seront incontournables : hausse du prix de l’énergie, enjeux climatiques, essor des NTIC et de la communication, massification des flux, mutualisation, rôle central de la logistique, rôle des ports maritimes et des grands corridors, mutation du fer, positionnement européen de l’Alsace, poids de Strasbourg, prégnance des relations avec l’Allemagne et la Suisse. Chargée de tirer les conclusions de ce séminaire, Geneviève Chaux- Debry, Directrice régionale et départementale de l’Équipement à Strasbourg, a insisté sur l’importance de faire vivre la communauté logistique en soulignant le rôle que joueraient les CCI alsaciennes dans ce contexte. Celles-ci participent à la réflexion initiée par l’Ortal en ce qui concerne la mise en place d’un « club logistique ». Ses objectifs seraient de favoriser l’échange d’informations et de bonnes pratiques entre les chefs d’entreprises et les praticiens de la logistique afin de faire en sorte que des solutions collectives puissent être appliquées à des problématiques opérationnelles.