Une présence française sur le Rhin.
1892 : la CCI est partie prenante dans la création du bassin d'Austerlitz, premier élément opérationnel du Port Autonome de Strasbourg. Bernard Vogler nous parle de cette collaboration féconde entre les deux organismes.
Du Moyen-Age au XIXe siècle, le port de Strasbourg est situé dans la ville, le long du quai des Bateliers. Strasbourg n'a pas de port sur le Rhin, car le Ried et les îles sur le Rhin créent une zone assez insalubre et difficilement navigable. On atteint le Rhin à cette époque par le Rheingiessen, l’actuelle rue de Zurich à la Krutenau. En raison de l'accroissement des tonnages des péniches au XIXe siècle, ce qui rendait l'Ill inaccessible, la CCI se préoccupe à partir des années 1880 de créer un port à proximité immédiate du fleuve. Sous l'impulsion d'Alfred Herrenschmidt, président de 1891 à 1898, elle oeuvre à la réalisation d'un premier port rhénan, en association étroite avec le conseil municipal. L’actuel bassin d'Austerlitz est ouvert en 1892. Puis ce sont en 1901 les bassins du Commerce et de l'Industrie, qui permettent d'atteindre un trafic de deux millions de tonnes en 1913. Par contre, la CCI aurait préféré un canal latéral sur la rive alsacienne plutôt que la régularisation du cours du fleuve, sujet qui a constitué le principal thème de la campagne aux élections municipales en 1904. Après le retour à la France en 1918 et sous l'impulsion de son nouveau président Fernand Herrenschmidt*, une forte personnalité, la CCI veut impulser la présence française sur le Rhin à travers la mise sur pied d'une flotte rhénane et l'extension du port.
Prendre une part d’influence
Dès 1919, il contribue à la formulation d'un projet d'agrandissement du port. Les dépenses sont évaluées à près de 300 millions de francs, assurées par l'État, la Ville et la CCI, afin de prendre une part d'influence dans l'administration du port. Il use de son influence auprès du Président de la République, Alexandre Millerand, pour le convaincre, lors de sa venue à Strasbourg en 1923, de la nécessité de faire adopter par le Parlement un projet de loi relatif à l'agrandissement du port de Strasbourg et à sa constitution en port autonome. Ce projet est ratifié par la loi du 26 avril 1924 qui prévoit le fonctionnement du port autonome pour le 1er janvier 1926. Le président est nommé membre du conseil d'administration pour y représenter la CCI et le reste jusqu'à sa disparition en 1938. Le port est agrandi de trois nouveaux bassins (Albert Auberger, Vauban et Dusuzeau), pour permettre un trafic de six millions de tonnes.
Une contribution décisive
Fernand Herrenschmidt apporte aussi une contribution décisive à l'exploitation du port sur deux points majeurs. Pour le marché charbonnier, il obtient pour deux compagnies l'exclusivité des importations de cokes et agglomérés dans douze départements de l'est de la France, ce qui garantit l'approvisionnement régulier du port et assure à la navigation française du Rhin un fret régulier à la remontée. L'industrialisation du port est le second point de son programme et l'apparition de la grande crise de 1929 incite Herrenschmidt à encourager cette industrialisation du port. Il obtient un concours financier de l'État permettant l'ouverture d'établissements employant 1 100 ouvriers dans une fabrique de cellulose et un chantier naval. Grâce à son action, le port de Strasbourg devient le deuxième port fluvial français derrière Paris. Après 1945, le programme d'extension est repris et poursuivi avec la création du bassin aux Pétroles et le creusement de quatre darses. Jusqu'en 1989 existe une collaboration étroite et féconde entre la CCI et la municipalité, grâce à la présence de plusieurs membres de la CCI, dont Marc Lucius, secrétaire général et président des armateurs français sur le Rhin, qui fut rapporteur pendant de longues années du budget de la Ville au conseil municipal.
* cf. le mémoire de maîtrise de Nicolas Gaugler,mémoire déposé à l'Institut d'histoire d'Alsace.