Les archives du Point Eco de la CCI
Le Point Eco
Numéro 240 . Avril 2005

Producteurs de jus de fruits : l’Alsace entre tradition et innovation

Tributaire de la fluctuation des goûts des consommateurs, le marché des jus de fruits semble avoir encore de belles perspectives. Hypermarchés et supermarchés détiennent près de 60 % du marché total, tandis que le hard discount grappille petit à petit des parts. En Alsace, deuxième région en matière d’effectifs, les producteurs misent sur la qualité et l’innovation pour conserver leur ancrage.

La consommation de jus de fruits représente 4 % de la consommation totale de boissons.
Fortement concentré, le marché des jus de fruits et de légumes ne recensait que 15 entreprises en 2002 ; les structures employant plus de 250 salariés réalisaient l’essentiel de l’activité. En Alsace, six entreprises sont adhérentes de l’ARIA*, dont deux représentent 18,6 % des effectifs nationaux. Eckes-Granini, filiale du groupe allemand Eckes, figure parmi les leaders des jus de fruits en Europe. Il est présent en France via sa filiale éponyme, née du rapprochement de Joker et des Vergers d’Alsace en janvier 2002. Cidou, dont Karlsberg détient le contrôle, arrive en 5e position. De tailles plus petites, Rothgerber, Sautter, Junatur et Ouendmor ont fait leur niche.

L’orange en tête
Le parfum orange représente la moitié des ventes, mais la variété est vecteur de valorisation. Et les nouvelles gammes, allégées en sucre, deviennent des terrains d’expression sur un marché concurrentiel. Pour asseoir leur développement, les marques sont amenées à travailler leurs produits, et à communiquer. Recettes ou packagings, les nouveautés doivent apporter de réels bénéfices aux consommateurs. Pratiques, les bouteilles en «Pet», légères et incassables ; dans l’air du temps, les jus allégés en sucre et les produits issus du commerce équitable. Les marques qui réussissent doivent véhiculer des valeurs fortes et apporter des garanties aux consommateurs : origines des fruits, process de fabrication, teneurs en vitamines.
*Association régionale de l’industrie agroalimentaire .

Prévention des maladies métaboliques
De nombreuses études épidémiologiques indiquent que la consommation de fruits et légumes est un facteur de prévention de la survenue du diabète, à côté de la consommation d’aliments céréaliers riches en fibres et d’aliments à faible index glycémique. De ce point de vue, les fruits sont parmi les aliments ayant le plus faible index glycémique en partie à cause de leur richesse en fructose, dont l’index glycémique est très bas : 20 à 23 par rapport au glucose 100. Source : www.unijus.org.




Ouendmor, les jus de fruits africains made in Alsace
Gingembre, tamarin, nectar de baobab, fleurs d’hibiscus, les jus de fruits produits par l’entreprise Ouendmor ont des saveurs africaines, mais ils sont fabriqués en Alsace.

Le fondateur de l’entreprise, Ouendeno Moriba a démarré son activité de production il y a huit ans. Biochimiste de formation, son ambition était de faire apprécier les recettes africaines aux Européens. Il a su ajouter sa touche personnelle pour les adapter à leurs goûts. Les boissons obtenues sont 100 % naturelles, sans conservateurs ni colorants. Sa matière première, il l’achète, entre autres, au Mali, son pays d’origine et au Sénégal. Ensuite, il la fait transformer dans trois usines sous-traitantes, dont Sautter et Rothgerber dans le Bas- Rhin. De 6 000 bouteilles à ses débuts, il produira le double chaque année, multipliant les références : litchi, mangue, etc. auxquelles s’associeront bientôt la papaye et le corrosol. C’est à force de persévérance et d’animations terrain que Ouendeno Moriba a pu pénétrer le marché de la grande distribution. D’abord hésitants, ses partenaires se sont rendus à l’évidence : le produit plaît. Ouendeno Moriba gère son affaire depuis son appartement à Strasbourg- Neudorf, assisté de quatre personnes pour le traitement des commandes et de trois commerciaux. D’un naturel prudent, il a décidé d’orienter sa stratégie vers l’export. «Je suis encore fragile, il me faut équilibrer les marché national et international.» D’où sa participation régulière au Fancy Food Show de New York et, pour la première fois cette année, au SIAL de Montréal. Son credo : miser sur le relationnel et la confiance qu’il a su instaurer avec la banque et ses clients. Premier candidat à obtenir le Passeport Entreprendre à la CCI, il avait alors été mis en garde par les membres du jury. «J’ai su rester réaliste. La clé de ma réussite est ma passion».
03 88 44 15 87


Junatur, la pomme dans tous ses états
Cette petite entreprise de trois personnes (20 pendant les récoltes) existe depuis 15 ans. À sa tête, Rémy Adolff, qui dirige également une unité de production à Benwihr- Gare. Spécialité de Junatur (bio et ecocert) : la pomme, en jus 100% naturels. Les fruits sont récoltés dans les vergers traditionnels d’Alsace. Sur une production annuelle de 600 000 litres, 100 000 sont commercialisés en GMS, de Wissembourg à Mulhouse. Ce sont des jus de pommes haut de gamme, sans conservateurs ni colorants, qui séduisent également un public de professionnels tels les grands restaurants. Originalité de Junatur : les particuliers viennent sur rendez- vous avec leurs fruits (50 kg minimum) qui sont pressés dans l’usine. 20 % des clients sont des maraîchers qui revendent les jus, souvent sur les marchés. Rémy Adolff vient d’ouvrir un magasin de vente à Dossenheim, où l’on trouve ses jus de pommes, qu’il sait aussi savamment marier à la cerise, et d’autres jus fabriqués par ses concurrents.
Contact , 03 88 70 31 32


Cidou, un nom et une marque
Créée en 1931 par la famille Mahler, Cidou a démarré son activité avec la production de jus de pommes dans une petite ferme. En 2005, l’entreprise demeurée à Mietesheim emploie 85 personnes, produit 75 millions de litres de jus de fruits et réalise un chiffre d’affaires de 42 M€. En France, 1/3 du volume est commercialisé sous sa marque, 2/3 en marque de distributeurs – MDD. «Entre 1991 et 2002, Cidou a connu une série de mutations», raconte Philippe Laeufer, directeur actuel de l’entreprise. Une cinquantaine de salariés sont opérateurs sur ligne – pour majorité des femmes. Fin 1991, l’entreprise a été vendue à Marie Brizard, groupe familial distributeur de la marque depuis dix ans. Début 1999, Cidou est reprise par Karlsberg, plus gros brasseur familial d’Allemagne. Enfin, en 2002, un nouvel actionnaire, Toury, acteur dans le lait et le fromage, permet à Cidou de produire des boissons lactées. «Durant toutes ces années, l’entreprise a maintenu une même stratégie d’innovation, tant au niveau des produits que des formats, observe Philippe Laeufer. Ce n’est qu’à cette condition que les acheteurs de la grande distribution acceptent de nous référencer».

Un large éventail de jus, nectars et boissons lactées
«L’innovation, la souplesse et la réactivité doivent rester nos points forts, ajoute Philippe Laeufer. Nous nous adaptons à la demande très rapidement ». C’est ainsi que Cidou vient de lancer une gamme de nectars «plume», allégés en sucre. Plus de la moitié des ventes concerne l’orange, jus et nectars. La pomme, qui ne représente plus qu’une faible part de la production, est d’abord issue des productions locales des agriculteurs, mais aussi de différentes régions de France et des pays de l’Est. «Pour les autres fruits, nous travaillons à partir d’un cahier des charges bien précis. Un laboratoire intégré assure des analyses sensorielles et des dégustations comparatives pour vérifier que le produit reste stable.» Cidou est présent dans le rayon ambiant, ce qui signifie une durée de vie des produits de douze mois minimum. «Une nouvelle technologie aseptique ou sous tirage à froid nous permet de maintenir une saveur gustative et les vitamines des fruits». Positionné haut de gamme, Cidou n’est pas présent en hard discount. «Mais rien n’est figé». En tous les cas, Philippe Laeufer se montre confiant : «le goût restera une valeur phare et le jus de fruits a de l’avenir».
Contact, 03 88 90 31 83


Sautter, de la pomme aux jus
L’abondance de pommes de qualité en Alsace est à l’origine de la création de la cidrerie Sautter en 1888 à Sessenheim. La pasteurisation pour empêcher la fermentation étant enfin possible dans l’industrie, la maison Pom’Or jus de fruits est créée en 1953. D’abord spécialisée dans la pomme, l’entreprise restée familiale s’ouvre à d’autres fruits et nectars. Les saveurs pomme-cassis, cerise-pomme ont d’ailleurs été primées aux dernières éditions du Concours Général Agricole (Paris). Les établissements Sautter transforment aujourd'hui près de 2500 tonnes de pommes par an, issues des vergers alsaciens, et produisent une trentaine de jus et nectars, vendus en petites surfaces, épiceries, magasins bio, essentiellement en Alsace. Ils disposent d’un magasin de vente et leurs camions livrent également les particuliers. Avec 16 salariés, l’entreprise dirigée par Frédéric Sautter réalise 1,2 M€ de CA, pour 1,6 millions de cols. Dernière cidrerie d'Alsace, Sautter produit 500 hl de cidres par an.
Contact, 03 88 86 97 01


Eckes-Granini France, leader français avec 19 % du marché
Une offre complète, trois marques phares : Joker, Réa, Granini. L’entreprise est née le 1er janvier 2002, fruit du rapprochement amical des deux acteurs majeurs : Joker, la marque numéro 1 du marché français et la société Les Vergers d’Alsace avec Réa et Granini. «Avec ces trois marques et des marques de distributeurs (MDD), Eckes- Granini-France (filiale d’Eckes- Granini International à Niede-Olm, en Allemagne) se situe en pôle position sur le marché français des jus de fruits», affirme Sylvain Jungfer, directeur général. À Rimsdorf, le bâtiment né en 1992 (l’ancienne usine est juste en face) abrite également le siège de l’entreprise. Situé sur une superficie de 93 000 m2, il occupe quelque 25 000 m2 de bâti. Sur les 260 millions de litres produits par an, 160 le sont à Sarre- Union, ce qui représente 225 millions de cols. Certifiée Iso 9001 et Iso 14001, Eckes-Granini affiche [ une expertise allant de la sélection des fruits à l’expédition des jus. La marque Granini, fabriquée à Sarre- Union après la réussite d’un concours interne au groupe, fournit plus de 40 millions de cols depuis 2004, diffusés dans 20 pays. Réa, bien connue des enfants, propose un large choix de références de jus naturels, aux conditionnements variés. Joker, marque leader historique, occupe la première place sur le marché des jus de fruits depuis plus de 15 ans. Récemment, elle s’est distinguée sur les rayons par sa nouvelle brique ovale. Le Joker «affinité», allégé en sucre, avec 70 % de jus, correspond à une tendance de fond, on y ajoute des édulcorants de synthèse. Régulièrement, de nouveaux parfums se rajoutent à la gamme. La marque Granini a son fruit de l’année : orange-banane-vanille pour 2005 – succédant à la cerise et au mélange noix de coco-ananas. Les approvisionnements varient selon les fruits : les oranges proviennent du Brésil et d’Espagne, les ananas de Thaïlande, les pommes à jus des vergers voisins, etc. L’orange, 70 % du volume des ventes il y a quelques années, atteint les 60%. 35 % des volumes sont des purs jus, 38 % sont à base de fruits concentrés, 27 % sont des nectars. À Sarre-Union, sur les 250 salariés, dont une partie en production, la moitié sont des anciens. Si le marché des jus de fruits a une bonne image de produit sain et naturel, il dispose encore de marges de progression. L’expérience montre que les consommateurs recherchent avant tout un produit plaisir. Pour Sylvain Jungfer, la seule ombre au tableau est la concurrence des hard discounts.
Contact, 03 88 00 38 40


Rothgerber, les pommes de la ferme
Située à Traenheim, au coeur des coteaux du vignoble alsacien, la ferme familliale des Rothgerber s'est consacrée de génération en génération aux cultures nobles (vignes, vergers,...) et à leur transformation. L'extension de la ferme fruitière, en 1993, a amené Philippe et Timothée Rothgerber, qui emploient une dizaine de salariés aujourd'hui, à diversifier leurs activités. Conjointement à la production fruitière, ils développent la fabrication de pur jus de pommes. Ceux-ci sont centifugés et pasteurisés avec le plus grand soin, afin de préserver leur fraîcheur initiale (prix d'excellence au concours général agricole 2004). Outre les pommes, pommes sanguine et raisin du terroir, des produits associés comme la framboise, la griotte, l'abricot, le cassis sont directement mis en bouteille à la ferme et vendus à l'espace de vente et dans de nombreuses enseignes de l'Est.
Contact , 03 88 50 38 07



Brèves
Unijus
Union nationale interprofessionnelle des jus de fruits L’Unijus regroupe dans son syndicat les principaux opérateurs (producteurs, conditionneurs et distributeurs) intervenant sur le marché français des jus de fruits et de légumes. Parmi ses objectifs : la représentation du secteur jus de fruits auprès des instances nationales, internationales, européennes, la promotion des qualités des jus de fruits et la valorisation de leurs bénéfices santé auprès des prescripteurs et des consommateurs.

Y a-t-il du sucre dans les jus de fruits ?
Les jus de fruits et les jus à base de concentrés, «sans sucre ajouté» ne contiennent que les sucres des fruits : fructose, glucose, saccharose. Le fructose a un fort pouvoir sucrant pour un faible apport calorique. Ainsi, même en faible quantité, il donne une intense perception de sucré. L’apport en glucides des jus de fruits est donc modéré (9 g/l pour le pamplemousse, 15 g/l pour le raisin).
Les purs jus sont sans sucre ajouté, conformément à la réglementation.Toutefois, celle-ci permet d’ajouter du sucre
- à hauteur de 15 g/l dans les jus pour corriger l’acidité. Cet ajout doit figurer dans la liste des ingrédients ;
- à hauteur de 150 g/l dans les jus à des fins d’édulcoration. La dénomination de vente doit, dans ce cas, être complétée par la mention «sucré à …».
La directive 2001/112/CE, relative aux jus de fruits et autres produits similaires, autorise pour les nectars l’adjonction de sucre jusqu’à 20 %. Sur le marché français, les nectars contiennent en fait une teneur moyenne en glucides (endogènes + addition) de 10 g pour 100 ml dans le produit fini.

2003 : un millésime exceptionnel
Le marché total des jus de fruits en France a représenté 1,295 Mds de litres en 2003. 89,5 % des volumes (soit près de 1,16 Mds de litres) ont été écoulés pour la consommation à domicile, hypermarchés et supermarchés détenant près de 60% du marché total. 10 % seulement sont consommés dans le circuit hors domicile. La bonne saison estivale, les moyens investis par les marques ont permis au marché des jus de fruits de relever la tête en hypermarchés et supermarchés. Sans toutefois empêcher la montée en puissance du hard discount. À lire, Boissons de France n°493, 2004 et Rayon Boissons, avril 2004.

Du verger à la bouteille
Longtemps artisanale, la fabrication de jus de fruits s’est limitée à la période de production de fruits (vendanges, récoltes de pommes). C’est à la fin du XIXe siècle qu’un procédé de conservation naturelle et prolongée est découvert : la pasteurisation. La transformation du fruit en jus a toujours été axée vers un double objectif :
– prolonger la durée de consommation des fruits ;
– conserver les caractéristiques organoleptiques (le goût) et nutritionnelles des jus de fruits.

Documentation
Etude Xerfi. Boissons rafraîchissantes, collection État du Marché.
Contact CCI,
Monique Siffert, 03 88 75 25 50


A savoir
Sélection
Les fruits sont récoltés sur le lieu de production (Europe, Amérique du sud, Asie…).Ces matières premières sont ensuite sélectionnées selon le cahier des charges (acidité, teneur en sucre).
Pressurage des fruits
Les fruits sont pressés à pour en extraire le jus. Certains jus de fruits sont concentrés par le vide pour dissocier l’eau, le concentré et les arômes.
Acheminement
Les jus et concentrés sont transportés à très basse température dans des cuves alimentaires, puis par camions-citernes isothermes jusqu’au lieu de conditionnement.
Réalisation de la recette
Les différents composants sont assemblés, conformément au cahier des charges, en fonction des jus, des concentrés, des arômes, etc.
Pasteurisation
Elle consiste à chauffer le jus de fruits pour le porter durant quelques secondes à environ 85 degrés, puis le refroidir. Cela permet d’éliminer les micro-organismes susceptibles de faire fermenter les jus.
Conditionnement
Une fois pasteurisé, le jus est conditionné : en briques carton, bouteilles plastiques, bocaux en verre ou coupelles aluminium.
Suremballage et palettisation
Les produits sont regroupés par unités de conditionnement : caisses, cartons, lots… puis rassemblés sur palettes.
Stockage et expédition
Les produits sont mis dans des racks avant d’être chargés dans des camions ou containers exports en fonction des commandes.
Contrôles qualité
Réalisés tout au long du process, ils concernent les matières premières. Analyses physico-chimiques, microbiologiques, métrologiques, etc.
Source : Eckes-Granini France