Les archives du Point Eco de la CCI
Le Point Eco
Numéro 239 . Mars 2005

Buralistes, en quête d’un nouveau souffle

Après trois hausses successives du prix des cigarettes en un an, les débitants de tabac réfléchissent à de nouvelles activités qui pourraient compenser leurs pertes de revenus. Dans le Bas-Rhin, secteur frontalier, le moral des buralistes est au plus bas, à quelques exceptions près. Témoignages.


C’est un fait, la consommation de cigarettes chute depuis 1992. Les hausses continuelles des prix ont fait baisser fortement les ventes, notamment dans les zones transfrontalières. La politique mise en place par les pouvoirs publics en 2003 suffira-t-elle à enrayer le mécontentement des buralistes ? Le contrat dit d’avenir prévoit un gel de la fiscalité sur quatre ans, des compensations financières aux baisses de chiffre d’affaires, le développement de nouvelles activités pour la profession. Il semblerait que sur ce plan, les solutions se fassent attendre. « Et le moral des troupes n’est guère au beau fixe », souligne le président actuel du Syndicat des débitants de tabac du Bas-Rhin, Patrick Merck. Dans la profession depuis onze ans, celui-ci a subi les hausses successives – et excessives – du prix du tabac. Et Patrick Merck de reprocher au gouvernement de ne pas avoir harmonisé les taxes dans les pays européens. «On permet l’exode fiscal vers l’Allemagne, où le prix d’un paquet de cigarettes est inférieur de près de 50 %. Dans le Bas-Rhin, nous avons perdu près de 35 % de nos ventes en volume et 22 % en valeur. Nous sommes en troisième position parmi les plus sinistrés. Nos commerces sont entre la vie et la mort. La part du tabac constitue près de 60 % du chiffre d’affaires. La perte de passage (près de 200 personnes par jour estimées dans son affaire de l’avenue de la Forêt-Noire, soit 187000 € de CA) a forcément des répercussions sur les ventes de jeux et la presse. Si le gouvernement a signé un contrat d’avenir pour la profession, sa mise en place tarde. La plupart de nos commerces proposent déjà des services annexes, comme les jeux, le PMU, la confiserie, les dépôts de colis. Mais avec en moyenne 50 m2 de superficie, que peuvent-ils envisager d’autre ? » Il est vrai que dans certaines régions, des rapprochements sont trouvés : certains buralistes signent des conventions de partenariat avec les fédérations de pêche pour vendre les cartes, d’autres proposent des services dématérialisés comme de la billetterie, des cartes de téléphonie filaire, des abonnements à la presse régionale et nationale, des petites annonces prépayées, etc. Selon Patrick Merck, ce dont les buralistes ont besoin, ce sont des activités qui dégagent des marges conséquentes.

Le président du syndicat suggère un contrat d’avenir spécifique aux régions frontalières. En attendant, au travers de son syndicat, qui rassemble près de 92 % de la profession (423 commerces sur les 460 implantés dans le Bas-Rhin), il continue de militer, même si le coeur n’y est plus. Sur les 125 débitants de tabac situés sur la CUS, 96 sont en vente et ne trouvent pas de repreneur. « Même les agences immobilières n’acceptent plus de les afficher, les banques ne veulent plus prendre de risques et ne prêtent plus les fonds nécessaires. Quel avenir pour ces patrons qui ont entre 45 et 63 ans ? L’obtention d’une indemnisation de fin d’activité est un vrai parcours du combattant. Il faut d’ailleurs avoir l’âge de la retraite et ne pas trouver de repreneur, ou être malade ou en situation financière catastrophique. 15 indemnités seulement ont été accordées en 2004. Celles-ci correspondent à trois fois le montant de la remise annuelle, calculée par rapport au résultat de 2000. Sachant que les retraites sont calculées sur le volume, le montant est dérisoire.»

Une cellule de crise a été créée au sein de la Confédération nationale, pour aider les buralistes les plus touchés.

Marlyse et Herbert Schutt, Bouxwiller, épargnés par la crise, car ils ont su anticiper leur diversification
Bien qu’étant situés à 50 km de la frontière, les hausses de taxes successives ont eu raison de notre volume de ventes en 2003 puis 2004. » Marlyse et Herbert Schutt, patrons d’un tabac-presse à Bouxwiller, font d’ailleurs partie de la première catégorie de commerçants à avoir été indemnisés par le gouvernement. Si depuis peu ils ont su tirer leur épingle du jeu, c’est parce que leur confrère, au bout de la rue, n’a pas survécu. Mais surtout parce qu’ils ont entrepris une diversification il y a quelques années déjà. D’abord présents dans un petit local, Grand-rue, en 1993, Marlyse et Herbert Schutt ont emménagé juste en face en 1997, pour s’adjoindre une activité de location de cassettes vidéo. Alors que le tabac représentait 80 % de leur chiffre d’affaires, celui-ci n’est plus que de 50 % aujourd’hui. L’autre moitié est répartie, dans l’ordre, entre la presse, le vidéoclub, la Française des Jeux, la confiserie, les boissons. La famille Schutt assure également les dépôts de colis, de cordonnerie, de développement photos, réalise des photos d’identité, vend des souvenirs. Le local, très accueillant, est ouvert tous les jours de 6h30 à 19h30 avec une petite demi-heure d’interruption seulement à midi, et le dimanche de 8h30 à 12 heures. Les clients viennent de Bouxwiller et des communes proches, une zone de chalandise qui représente quelque 3 500 habitants. Si son affaire tourne à nouveau, le buraliste est conscient que sa progression est liée à la fermeture du second point de vente du canton. Et de reconnaître : « J’ai de la chance par rapport à d’autres collègues. Si quelques-uns se maintiennent, notamment dans les chefs-lieux de cantons, d’autres sont très touchés. » Du fait de ses fonctions de secrétaire du syndicat, Herbert Schutt espère une renégociation entre les buralistes et le gouvernement. « La politique anti-tabac a été contournée par la vente transfrontalière. On ne fera jamais disparaître les fumeurs. Ce sont les personnes à faible revenu qui se sont vu contraintes d’arrêter de fumer ; d’aucuns, un peu plus nantis, se sont convertis au tabac à rouler, alors que d’autres se sont tournés vers les offres de contrebandes. Néanmoins, pour sauver nos commerces, Il faudrait que l’on arrive à une harmonisation des prix en Europe. De nombreux confrères qui ont acheté leurs fonds au prix fort sont aujourd’hui endettés. Il faut absolument qu’ils se diversifient avant une prochaine crise. Il y a aussi ceux qui doivent se remettre en question. »
Contact, 03 88 70 98 33

Michel Toutain, Tabac-presse et relais Poste, Hindisheim
Lorsqu’il a ouvert son point de vente, il y a quatre ans, rue de la Gare à Hindisheim, Michel Toutain avait toute confiance en l’avenir. Propriétaire des locaux, l’achat de la licence représentait un investissement intéressant. Il avait alors été contacté par le maire, qui souhaitait dynamiser le village. Alors que son affaire prenait de l’ampleur, les hausses des prix successives du tabac et la politique de santé du gouvernement ont anéanti ses espoirs de développement. « En trois ans, j’ai perdu 30 % de mon chiffre d’affaires et près de 40 % de la fréquentation en nombre de clients », observe le chef d’entreprise. Un constat partagé par la majorité de ses confrères de la région, qu’ils soient situés à la campagne ou en zone urbaine, dans la mesure où ils sont proches de Strasbourg, parce que l’ouverture des frontières a provoqué une évasion de leur clientèle. Conséquence immédiate : une baisse du chiffre d’affaires liée aux produits annexes. À Hindisheim, Michel Toutain s’est adapté, ajoutant la presse, les jeux, la carterie, la confiserie. Dans les zones rurales, l’orientation multiservices est indispensable pour continuer de survivre. Il a complété ses services par le dépôt en blanchisserie, pressing, cordonnerie, et plus récemment par un point Poste. Là encore, c’était un souhait du maire que de maintenir ce service dans le village, après la décision décision de fermeture du bureau de poste. Sa rémunération est de 130 € par mois, à laquelle s’ajoutent 0,76 € par mouvement bancaire. « Je distribue jusqu’à 150 € d’argent liquide par semaine à la même personne, assure les envois de colis et de plis en recommandé, vends les timbres, pour lesquels je suis également rémunéré à hauteur de 3 %. Le point Poste a fait venir quelques clients en plus, mais ce n’est pas significatif, il n’a de loin pas compensé l’évasion vers l’Allemagne ou vers d’autres zones frontalières. » Pour Michel Toutain se pose à nouveau la question d’une autre diversification. Mais laquelle ? Pizzas à emporter, vente de vins ? Déjà, il ne lui est pas possible d’ouvrir un bar, car il est situé en face de l’école et à côté du cimetière. Il s’agit de trouver une activité qui soit rentable. Sa disponibilité n’est pas extensible. Déjà ouvert 7 jours sur 7, il ne s’accorde qu’une demi-journée le jeudi après-midi pour faire ses achats. Son amplitude horaire est importante : 6h30 - 12h, 13h30 - 19h. Elle satisfait les clients du village et des alentours : Ichtratzheim, Nordhouse, Blaesheim, Limersheim. Certains se déplacent pour aller chez le boucher et s’arrêtent chez lui. « Je travaille le contact et arrive à les fidéliser. Mais ce n’est qu’avec le volume qu’on fait du chiffre. Et ce n’est plus le cas. La compensation à hauteur de 90 % votée par l’État n’est pas suffisante. Ne reste plus qu’à attendre ses propositions de diversifications contenues dans son contrat d’avenir… On attend ! »
Contact , 03 90 29 80 51





LE MARCHÉ DES CIGARETTES
Des chiffres éloquents
Le marché des cigarettes (blondes et brunes cumulées) a chuté de plus de 14,7 milliards d’unités en 2004 par rapport à 2003 – la baisse des volumes constante entre 2002 et 2003 correspondait à plus de 10,8 milliards d’unités. En valeur, le marché a baissé de plus de 115 Mds €, contre 242 M€ en moins entre 2002 et 2003.

Évolution nationale
• en volume : -21,1 % en 2004
(-13,5 % en 2003)
• en valeur : -0,9 % (-0,8 % en 2003)

Évolution des départements frontaliers
• en volume : -31,7 % (-17,2 % en 2003)
Bas-Rhin : -39,18 %
• en valeur : -10,2 % (-10,2 % en 2003)
Bas-Rhin : -21,90 %
Source : Confédération des Chambres Syndicales des débitants de tabac de France

Nombre total d’entreprises
• 5 560, dont plus de la moitié n’emploient pas de salarié
Nombre de salariés
• 11 216
Magasins
Plus de 60 % des points de vente sont inférieurs à 60 m2
• 20 m2 : 585
• de 20 m2 à 60 m2 : 3192
• de 60 m2 à 120 m2 : 1 593
Source : Insee, exercice 2002.

Les fumeurs
En France, 13 millions de personnes sont considérées comme des fumeurs quotidiens
30 % des clients quotidiens sont non-fumeurs et entrent majoritairement chez leur buraliste pour la téléphonie, les jeux ou la presse.

Le fumeur moyen consomme 13 cigarettes par jour, ce qui représente un total de 177 millions de cigarettes achetées quotidiennement, dont 34 % sont des légères.

Environ 1500 personnes arrêtent de fumer quotidiennement… ce pour au moins six mois. Elles achètent 5 982 substituts nicotiniques, dont 4 000 patchs.
Source : Le Point n°1687, janvier 2005

Plus d’un quart de la population française de 15 ans et plus déclare fumer quotidiennement. Un home sur trois et une femme sur cinq : chômage, divorce, revenu insuffisant pour couvrir les dépenses courantes sont autant de situations propices au tabagisme. Celui-ci régresse parmi les hommes et augmente chez les femmes. Au total, 34 % des fumeurs sont des hommes et 22 % des femmes.

La France occupe une place médiane en Europe, où la proportion de fumeurs tend à diminuer progressivement.
Source : Insee Première, le tabac, 20 ans d’usage et de consommation, octobre 2001.

Concurrence
La vente au détail des tabacs manufacturés s’effectue dans le cadre d’un monopole confié à l’administration des douanes et droits indirects. L’approvisionnement des restaurants, stations services

Demande d’agrément
Toute personne souhaitant devenir débitant doit écrire au service tabac des douanes. La création d’un point de vente peut se faire dans le cadre d’une vente aux enchères à l’initiative des douanes. Le candidat retenu (plusieurs conditions à réunir) s’engage à payer annuellement le montant le plus élevé de la redevance due par les gérants de débit de tabac ordinaire. Cette redevance, appelée la « soumission » correspond à un chiffre d’affaires estimé au montant annuel de la redevance attendue pour le débit de tabac, compte tenu des données géographiques, économiques et commerciales du secteur d’adjudication.

Les revendeurs de tabac
Ils n’ont pour clients que des usagers ou le personnel de certains établissements. Peuvent être revendeurs
- les débits de boissons à consommer sur place titulaires d’une licence de troisième ou quatrième catégorie,
- les restaurants titulaires d’une licence restaurant
- les stations services implantées sur le réseau autoroutier, les voies express, les voies rapides en milieu urbain ou toute station-service pour les départements de Corse
les établissements militaires, pénitentiaires ou accueillant une liberté d’aller et venir restreinte à l’exclusion des établissements de santé. Une déclaration auprès des services douaniers et la tenue d’un carnet de revente sont obligatoires.

Étude APCE, Débit de tabac, Fiches sectorielles Insee.

Source : CCIP, activités réglementées, 21/09/04



Contact CCI
Monique Siffert, 03 88 75 25 50

Brèves
Les débits de tabac ordinaires
Ils ont pour fonction de vendre au détail des tabacs manufacturés. Ils sont ouverts toute l’année, à l’exception des périodes de congés du débitant, soit pour une saison touristique, à la mer ou à la montagne.

Les débits de tabac spéciaux
Ils sont implantés sur les domaines publics suivants : réseaux ferrés, réseaux aéroportuaires, aires de repos des autoroutes non librement accessibles aux riverains, réseaux portuaires fluviaux et maritimes, enceintes non librement accessibles au public

Les débits de tabac temporaires
Ils permettent exclusivement la vente au détail des tabacs manufacturés lors de manifestations publiques ayant lieu dans des enceintes non librement accessibles au public. Sont exclues les manifestations à caractère culturel ou sportif.

Le débit de tabac
Commerce de proximité par excellence, le débit de tabac propose la vente de tabacs et d’autres produits et services divers à la clientèle. Il joue un rôle commercial dans la vente de produits de confiserie, jeux, téléphonie, horlogerie, piles, articles de photographie, cartes postales, etc. Source : APCE 2004

Profession buraliste
La vente du tabac dépend de l’Administration des douanes. Le buraliste est un préposé de l’administration. Dans le cadre du traité de gérance passé avec celle-ci, il doit remplir des charges d’emploi et respecter la réglementation qui entoure la profession.

Pratique du métier
Le métier n’est pas de tout repos et les craintes des buralistes sont :
– l’insécurité
– la liberté des industriels de fixer les prix publics du tabac
– les différentes applications de la loi Evin
– la gestion d’un nombre de plus en plus important de marques et de jeux.
Il faut ajouter en 2003 les nombreuses contraintes liées à l’utilisation de la carte Moneo, aux augmentations successives du prix du tabac et au projet de loi sur l’interdiction de la vente du tabac aux moins de 16 ans.

Juridique
La vente au détail de cigarettes est soumise à l’agrément de la Direction des douanes. Cette administration gère le monopole de la distribution du tabac par l’intermédiaire de débitants qui doivent répondre à des conditions strictes afin d’exercer cette profession. Seule possibilité : l’entreprise individuelle ou la société en nom collectif, régie par les articles L 333-1 et L 332-2 du Code de la santé publique ainsi que par décret du 16 janvier 2004 pris pour l’application de l’article 568 du Code général des impôts.

La profession en chiffres
32 270 buralistes en 2003 dont :
• 32 % bar tabac
• 30 % bar presse tabac
• 28 % tabac presse
• 10 % tabac spécialisé
13 heures d’ouverture quotidienne en moyenne
14,4 Mds € de CA pour la seule activité tabac
14,4 millions de clients par jours, soit
12 820 clients/minutes dans toute la France
Le rachat d’un bar tabac vaut en moyenne
137 000 € en 2002.
*Le CDIT, Centre de documentation et d’information sur le tabac, donne la répartition géographique des buralistes.
Contact , 01 56 43 42 42

Le saviez-vous ?
La vente de tabac est interdite aux mineurs de moins de 16 ans. web

Aptitudes
La personnalité du buraliste est déterminante. Il doit faire preuve de rigueur, de prudence – la quantité d’argent manipulé est importante – et être de santé robuste, en raison des horaires d’ouverture ou des conditions d’exercice de l’activité (bars tabacs).