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| Numéro 245 . Novembre 2005 |
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Métier : maroquinier |

Après quelques années moroses, le marché de la maroquinerie semble retrouver du souffle. Les fabricants jouent la carte de la diversification et de l’innovation. Il faut rivaliser de créativité pour susciter les achats. Très peu nombreux dans le Bas-Rhin, ils ont choisi de s’adapter à la demande ou de trouver des niches pour garder leurs parts de marché.
Maroquinier de père en fils, Claude Bey, la dernière génération ?
L’entreprise Bey est née en 1946 à Bischheim. Le grand-père, puis le père de Claude Bey, actuellement implanté sur quelque 200 m2 dans la zone artisanale, ont exercé, sur des lieux différents, leur savoir-faire autour d’une même passion, le travail du cuir. Si à l’origine la maroquinerie Bey était spécialisée dans la fabrication de sacs à mains, la concurrence en a décidé autrement.
Du sac à la ceinture «À l’époque, raconte Claude Bey, l’entreprise comptait 20 salariés, la concurrence régionale était forte puisque pas moins de quinze fabricants étaient dénombrés sur le Bas-Rhin. Mon grand-père, puis mon père ont dû revoir les effectifs à la baisse. Aujourd’hui, si la maison Bey a su conserver certains clients fidèles comme ES, les DNA, Dreger pour notamment la fabrication de porte-documents, de sacoches de transports ou d’outillage, le chiffre d’affaires le plus important est lié à la fabrication de ceintures pour hommes». Un client de taille est la maison Fred Gil, distributeur en France, en Belgique et en Allemagne. «Pour réaliser un sac, il faut compter environ une heure de travail, alors qu’une ceinture peut être réalisée en cinq minutes.» Chez Bey, une quarantaine de modèles sont imaginés à chaque saison, produits à raison de 200 pièces par jour. Noir, marron, bordeaux, gris, marine… les cuirs arrivent dans son atelier pour passer les différentes étapes, de la coupe au parage des bords, en passant par le collage, l’assemblage, la couture, la couleur des bords, jusqu’à la finition avec la pose des boucles. C’est le patron lui-même qui les dessine, après s’être inspiré des dernières tendances dénichées lors des salons professionnels. «Avec Fred Gil, nous partageons un métier passionnant. Après que nous ayons créé le modèle, j’achète la matière première et la transforme. C’est une satisfaction personnelle importante».
Innover pour répondre Si la collection peut avoir une durée de vie de deux ans, il préfère innover en réponse aux exigences des clients. En poursuivant l’objectif aussi de rendre l’homme plus coquet, de lui faire apprécier les associations des accessoires aux chaussures, par exemple. Se positionnant sur le moyen et haut de gamme, Claude Bey fait venir son cuir d’Espagne et d’Italie. Pour cause : il n’y a pratiquement plus d’entreprises en France, excepté les Tanneries de Lingolsheim, Costil. Il en est d’ailleurs de même pour les boucles et accessoires. S’il a réussi à perdurer sur son marché, c’est à force de travail et d’esprit de combativité. Proche de la retraite, il s’interroge sur la possibilité de trouver un repreneur. «L’idéal serait de former un jeune pendant trois ou quatre ans, mais, comme dans de nombreux métiers de l’artisanat, il y a de moins en moins de jeunes motivés.» D’ailleurs, même la formation de maroquinerie n’existe plus. Dans son entreprise, Claude Bey a formé lui-même l’une de ses employées, qu’il a réintégrée à la suite de la fermeture d’un magasin.
Contact, 03 88 33 14 02
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L’atelier de la forêt : une activité de niche
Contrairement à une idée reçue, le métier de maroquinier n’est pas forcément un métier vieillissant, en passe de disparaître. À condition de rester dans le contemporain et de créer les objets qui vont plaire », déclare Dominique Débat, cogérante de L’atelier de la forêt à Zittersheim. Celle-ci se fixe un point d’honneur à se montrer à l’écoute perpétuelle du client, à emmagasiner ses critiques et ses attentes pour déboucher sur des créations actuelles. Preuve en est que la recette est pertinente : L’atelier de la forêt existe depuis trente ans. Dominique et Christian Débat ont créé leur atelier et ont démarré dans le circuit des métiers d'art. Maroquinerie pure, sacs et accessoires ont traversé les années avec des lignes intemporelles qui ont une vie commerciale d'au moins dix ans à chaque création et des « nouveautés. «Il faut trouver l’objet fort, nouveau, qui allie fantaisie et modernité. Grâce à une exploration des textures et couleurs des cuirs, le travail d’une ligne ethnique ou citadine.» Matières et couleurs participent à cette recherche «d’une mode autrement».
De la maroquinerie pure à l'objet de bureau Le prix d’un sac varie entre 180 et 250 €. Pour une vente qui reste néanmoins confidentielle, dans leur magasin implanté à quelques kilomètres de Zittersheim, dans la Maison des Païens à la Petite Pierre et au Marché de Noël de Strasbourg. Il y a six ans, ils ont créé et fabriqué une nouvelle ligne d’objets de bureau, en cuir pleine fleur, pour investir le domaine du luxe. «Les délocalisations, les nombreuses importations asiatiques et européennes et le changement de visage des salons auxquels nous participions sont à l’origine de cette évolution. Les métiers d’art y avaient une place reconnue, aujourd’hui ils sont galvaudés ou assimilés à une idée désuète que l'on se fait de l'artisanat. Tout en continuant notre collection de sacs, nous avons donc imaginé d’autres produits.» La commercialisation, d’abord réalisée par le biais d’une société de diffusion, est aujourd’hui opérée directement via des participations à des salons professionnels à l’étranger. Ainsi, le salon de Francfort leur donne une ouverture vers d’autres pays européens, mais aussi en Grande-Bretagne et aux États-Unis, voire à des marchés comme les DOM-TOM. Les objets de bureau – sous-mains, pots à crayons, trousses, agendas, etc. – représentent près des deux tiers du chiffre d’affaires de L’atelier de la forêt, vendus dans 300 magasins en France. «L’évolution a été très nette, observe Dominique Débat, si l’on considère qu’au départ la vente directe représentait 100 % de notre chiffre d’affaires. Certains objets font appel à de l’ébénisterie – Pierre Rubin, installé à Gumbrechtshoffen nous fabrique les objets en bois – ou du tournage, à l’instar de nos coffrets en bois et cuir.»
Un jonglage constant entre création et technique «Nous sommes des designers d’objets, faisons débiter les profils des éléments, que nous assemblons dans notre atelier. C’est un constant jonglage entre création et technique, que nous adaptons deux fois par an pour répondre aux attentes des professionnels et des clients. C’est un vrai challenge de produire un objet pleine fleur doublé avec des finitions impeccables qui réponde aux attentes du marché. D’autant que la matière première représente 35 % du produit. Nous sommes obligés d’avoir une constante dans la couleur, et nous restons fidèles, pour nos commandes de cuir, à des maisons françaises, à commencer par les Tanneries de France à Lingolsheim. Les autres viennent des Vosges, du Pays basque, de Bretagne. Les doublures du centre de la France. Nous achetons en quantités importantes, ce qui nous oblige à une qualité d’achat et de production. Cela nous permet de répondre également à des demandes en nombre, réalisées notamment pour une clientèle pratiquant le cadeau d’affaires». Contact, 03 88 89 74 65
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Deiber et Fils, Plobsheim : du cuir au vinyle
Pierre Schwartzmann représente la troisième génération de la maroquinerie créée en 1948 par son grand-père, reprise par son beau-père et tenue jusqu’en 1993. De la production de petite maroquinerie cuir au départ – porte-clés, porte-monnaie, sacs d’école : 1 300 exemplaires fabriqués chaque année –, l’entreprise a doucement évolué vers le vinyle, une question de prix.
D’une bonne douzaine de salariés, l’entreprise ne compte plus que trois personnes. «À l’époque les coutures étaient faites à la main, les machines ont pris le dessus.» Aujourd’hui le cuir ne représente plus que 10 % du chiffre d’affaires, avec des produits qui varient chaque année, du porte-documents au porte-bijoux, en passant par de la sellerie. Le reste est constitué de commandes répondant à la demande du marché (grandes entreprises, distributeurs, designers) : classeurs en vinyle destinés à la VPC, couvertures d’agenda en similicuir, fanions, sacs de charge pour la rééducation. Chez Deiber, on fait de tout, «le savoir-faire est resté le même, c’est la matière utilisée qui a changé». Le cuir reste présent, mais il figurera en garniture sur un sac en tissu. Pierre Schwartzmann effectue également les réparations de sacs pour le compte de certains maroquiniers ou cordonniers de la région. L’une de ses machines, une rembordeuse, permettant de replier au bord, lui occasionne une collaboration avec Claude Bey, son confrère et ami qui lui-même a choisi de se resserrer sur le créneau de la ceinture. Contact, 03 88 98 51 26
L’embellie vient de la créativité Sacs, articles de voyage, portefeuilles, accessoires, les produits issus de la maroquinerie sont nombreux. Fabriqués par des artisans ou des industriels, ils se différencient par leurs matières : toiles, textiles, plastiques ou synthétiques… qui se sont ajoutées au cuir, déjà connu au 18e siècle où le maroquin travaillait une peau de chèvre tannée au Maroc. Si certains maroquiniers se spécialisent dans le haut de gamme, le commerce de détail de maroquinerie est le dernier maillon de l’une des filières du cuir, qui se décompose ainsi : élevage, négoce pour la collecte des peaux, tannerie et mégisserie (transformation des peaux en cuirs), fabrication et vente.
L’activité est saisonnière, les ventes atteignent plus de 50 % en décembre ; fête des pères et fête des mères provoquent également un regain d’activité. Comme dans la plupart des autres secteurs de la distribution, on assiste à une diminution du poids relatif des détaillants traditionnels, au profit de la grande distribution ou de nouvelles chaînes de magasins attractives avec large assortiment, libre-service, conception architecturale moderne, etc. Les fabricants, dénombrés à 150, grossistes et importateurs, sont choisis parmi les grands, ou parmi les petites entreprises artisanales familiales. En France, elles sont estimées à 233 entreprises en 2003, employant près de 11 900 salariés. Produits les plus vendus : les sacs dames, fillettes, hommes.
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| Brèves |
MAROQUINERIE
• La fabrication d’articles de voyage et de maroquinerie est répertoriée par l’Insee sous le code Naf 192 Z. Cette classe comprend notamment la réalisation d’articles de voyage en toutes matières, d’articles de maroquinerie et d’accessoires similaires (sacs de sport), de bracelets de montre, d’articles divers en cuir, de gainerie, de bourrellerie et de sellerie.
• Le commerce de détail de maroquinerie et articles de voyages est quant à lui recensé sous le code Naf 524 F. Il reste le principal circuit de distribution, en dépit de la multiplication des canaux de diffusion.
RÉGLEMENTATION
Afin de lutter contre la contrefaçon, l’industrie de la maroquinerie s’est entourée de mesures visant à renforcer la protection de ses produits. Des amendes pouvant s’élever jusqu’à 760 000 €, deux ans de prison et conduire à la fermeture des établissements sont prévues par la loi du 5/2/1993. La directive européenne dite Scrivener du 22 décembre 1994 élargit la contrefaçon à tout ce qui compose le produit ou le logo, étiquette comprise. Source : étude XERFI Maroquinerie. Juillet 2005
FORMATION
Les formations aux métiers de la maroquinerie se font denrée rare ; existent un CAP de maroquinerie, un brevet de maîtrise sellier-maroquinier. La principale difficulté des fabricants est de trouver du personnel. C’est pourquoi Dominique Débat, de L’atelier de la forêt (à Zittersheim) a obtenu l’agrément pour former des jeunes. «Le métier, très ancien, n’attire plus. Les formations se sont réduites en peau de chagrin, l’établissement qui existait à Dettwiller a disparu. Ne restent plus que l’AFPA, pour une formation technique en alternance après le bac et les Compagnons du Devoir». Sa dernière recrue en est issue et elle aimerait bien la garder. «L’apprentissage du métier est très long, jusqu’à quatre années, ce qui peut poser un problème pour les petites entreprises. Une école réputée est l’école Grégoire-Ferrandi, mais les jeunes qui en sortent sont quasiment tous récupérés par Hermès et Vuitton», regrette Dominique Débat.
Les stages pour l’industrie/formation aux métiers du cuir sont dispensés
• par le CTC, Centre technique du Cuir
web
• par le Centre Grégoire-Ferrandi de la CCI de Paris
Contact, 01 49 54 28 00
SALONS
Salon de la maroquinerie en janvier et en septembre, organisé par les fabricants, surtout pour le bagage. À Paris Expo, Porte de Versailles. Cuir, professionnels de la filière cuir, une fois par an, à Paris Villepinte, organisé par le Conseil national du cuir.
Contact, 01 43 59 05 69
DOCUMENTATION
Annuaire
Kompass professionnel textile habillement cuir et peaux
01 41 16 51 00 Études
• Les fabricants d’articles de voyage et de maroquinerie
• Xerfi, collections secteurs 700, commerce de détail de maroquinerie et d’articles de voyage.
Contact CCI, Monique Siffert, 03 88 75 25 50
SITES
FFM
Fédération Française de la Maroquinerie, articles de voyage, chasse, sellerie, gainerie, bracelets de cuir, Paris
web
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