Ausculter à distance grâce au Dr. Kehayoff et au chercheur Jean Kehyayan
Inventeur d’un dispositif d’analyse de bruits respiratoires, Ivan Kehayoff et Jean Kehyayan ont décroché le premier prix du concours Lépine régional de Strasbourg 2007 et la Médaille d’Or. Leur logiciel permet l’auscultation à distance et en ligne à partir de tout type de stéthoscope.
L’invention est née de la réflexion des deux hommes, le Dr Ivan Kehayoff et le chercheur Jean Kehyayan, qui souhaitait ausculter lui-même sa fille, atteinte de mucoviscidose, une maladie respiratoire qui détruit le poumon. Ils ont créé un nouveau dispositif d’analyse de bruits auscultatoires, qui a d’ailleurs donné naissance à la société LaenneXT (du nom de l’inventeur du stéthoscope Laennec, appareil qui n’avait guère évolué depuis 1816). L’idée était de transformer les bruits auscultatoires en quelque chose de plus objectif. « On ne peut pas se mémoriser tous les bruits, alors qu’un certain nombre de maladies se mesurent par le suivi de ces bruits », expliquent les inventeurs. Les deux hommes ont mis au point un logiciel qui permet de capturer et de sauvegarder des sons pulmonaires et cardiaques enregistrés par un stéthoscope électronique.
Profiter du pôle d’innovations thérapeutiques
Grâce à un logiciel, les bruits sont transformés en image. « Le résultat est plus précis, le patient peut s’ausculter lui-même et envoyer les sons enregistrés à son médecin ». Créée en 2000, LaenneXT, financée par un incubateur parisien, était d’abord implantée à l’hôpital Necker. Depuis, le chercheur et actionnaire Jean Kehyayan est resté à Paris, alors qu’Ivan Kehayoff a rejoint Strasbourg, « l’Alsace étant devenue entre-temps pôle de compétitivité en innovation thérapeutique ». Et LaenneXT fut la première entreprise labellisée par le Pôle. « Nous correspondions aux critères », souligne-t-il. Grâce à ce label, trois projets sont en cours : STETAU, réalisation d’un logiciel d’enregistrement et d’analyse des sons auscultatoires en partenariat avec le CHRU et Alcatel, l’ASAP, base de données de sons, destinée aux étudiants en médecine (partenaires CHU, Alcatel et IRCAD), qui va déboucher sur une école d’auscultation, et ICARE, un projet européen de développement dans cinq pays regroupant différents hôpitaux et 180 médecins. Ceux-ci vont récolter les sons de 1 800 patients avec un stéthoscope électronique, afin de nourrir la base de données de sons. « Du concours Lépine au concours d’innovation, ce projet scientifique va bouleverser la façon dont les médecins auscultent », assurent les deux inventeurs. Quatre ans ont été nécessaires pour développer les logiciels, et le stéthoscope est en cours de finalisation. Prochain objectif, lors de la prochaine édition du concours Lépine (en mai prochain à la Foire de Paris) : le proposer aux patients et aux médecins, avec une communication ciblée vers les associations de professionnels.
Objectif export
Un site internet informatif et démonstratif sur l’offre a été créé sur les maladies concernées par le produit de LaenneXT, qui devrait favoriser un développement à l’international ; l’évolution vers un site marchand est à l’étude. Quatre personnes travaillent actuellement dans l’entreprise, parmi lesquelles un informaticien, un infographiste et une directrice administrative et financière. Durant la mise au point du projet, sept informaticiens ont accompagné Ivan Kehayoff. Le médecin, dont le parcours atypique l’a conduit vers différentes responsabilités, notamment dans la création de prothèses de genoux, a repris la médecine durant cinq ou six ans, avant de se lancer dans son projet. « Mais j’effectue toujours des remplacements de confrères », ajoute-t-il. Le travail qu’il a effectué pour concevoir ce nouveau stéthoscope a fait l’objet d’une thèse présentée par le docteur Christian Morel, qui a expliqué « l’évolution du concept depuis Laennec, en passant par les petites évolutions liées aux nouvelles technologies dans les années 90, jusqu’à la révolution actuelle, qui réduit les distances géographiques et dans le temps ».
*Prix du Maire de la ville de Strasbourg – une coupe, une médaille d´or du Concours Lépine et un stand de 6 m² au Concours Lépine International de Paris 2008 accompagné du Grand Prix des Inventeurs M6 Boutique la chaîne.
Ce que lui a apporté le concours Lépine « Une aide à la communication grand public, qui devrait se poursuivre par une présentation du produit à l’émission TV M6 boutique. Confiants, les inventeurs pensent que le stéthoscope aura la même évolution que le tensiomètre, qui est actuellement vendu ou loué par les médecins à des patients souffrant de problèmes de tension. Le bruit sera enregistré et relié sans fil à un ordinateur qui captera les sons envoyés via Internet au médecin. Et si la preuve est faite que le matériel représente un vrai bénéfice de santé publique, on pourrait arriver à un remboursement par la Sécurité Sociale ».
Ce que lui a apporté le pôle d’innovations thérapeutiques « Un financement et la possibilité de travailler avec des partenaires, comme le CHU et Alcatel. »