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Le Point Eco
Numéro 259 . Juillet août 2007

Martine Kempf : des inventions au service des personnes handicapées

Partie aux États-Unis en 1985 pour y commercialiser son invention, le Katalavox, commande vocale pour personnes handicapées, Martine Kempf a repris, dix-huit ans plus tard, l’affaire familiale à Wasselonne. Depuis, elle se partage entre les deux continents et les inventions. Dernière en date, une voiture modifiée pour les personnes handicapées, premier prix du Concours Lépine 2006 à Strasbourg.


On est en octobre 1985. Martine Kempf imagine un appareil permettant de commander à la voix les équipements électriques d’une voiture, le Katalavox. Pour développer son invention, elle quitte son Alsace natale pour les États-Unis. Plus facile. Dans la Silicon Valley, elle crée son entreprise avec cinq dollars, en cinq minutes. Curieux parcours que celui de cette jeune femme qui commence par étudier l’astronomie à l’université de Bonn en Allemagne, où elle développe, pendant son temps libre, un système de reconnaissance de la parole pour aider les personnes handicapées. Car sa seconde passion est l’électronique, sans doute insufflée par son père. Atteint de la poliomyélite, celui-ci a consacré sa vie et son entreprise à l’adaptation de véhicules pour conducteurs handicapés. L’invention de Martine Kempf, le Katalavox, a immédiatement séduit le groupe Siemens et le Ministère de la recherche et de la technologie allemand qui l’ont invitée à présenter son produit au Japon. Pour l’occasion, le Katalavox est installé dans une Mercedes. C’est peu de temps après le décès de son père, en 2003, qu’elle décide de recréer l’entreprise, spécialisée dans la conception d’équipements automobiles pour personnes handicapées. L’entreprise située à Dossenheim Kochersberg emploie alors une vingtaine de salariés. « Nous avons d’abord dû arrêter l’entreprise qui était en nom propre puis la transformer en société », explique Martine Kempf. Dans la zone du Ried, l’entreprise en plein essor se trouve vite à l’étroit. Kempf-Katalavox s’installera dans une nouvelle zone d’activités à Wasselonne, grâce à l’aide du Maire, Joseph Osterman qui a construit un atelier relais. « Le bâtiment est sous-loué, il nous appartiendra d’ici quinze ans. La formule est excellente pour une petite entreprise qui se développe », explique la jeune femme, 48 ans aujourd’hui. 14 personnes composent sa société, techniciens en mécanique de précision automobile, électrique et électronique, ainsi que des commerciaux.

Un développement tous azimuts
Aux États-Unis, cinq entreprises de sous-traitance fabriquent les Katalavox et les circuits électroniques qui sont ensuite montés dans les véhicules à Lagny-sur-Marne (77) et à Wasselonne. Kempf- Katalavox dispose également d’un local à Paris avec des techniciens et des commerciaux. Toutes les modifications sont réalisées à Wasselonne et les installations se font sur les deux sites. Pour plus de proximité avec sa clientèle, Martine Kempf a ouvert des bureaux un peu partout en France, qui transmettent les appels des clients dans les villes les plus proches et offrent le transport gratuit. Deux prochaines adresses vont ouvrir à Kehl et à Hanovre. D’importants accords techniques sont en cours avec Volkswagen qui veut monter leurs équipements en bout de chaîne de montage, dont les anneaux accélérateurs Kempf. Un autre accord est en cours avec Renault. Habituée à très peu d’heures de sommeil, les allers-retours ne dérangent guère notre jeune chef d’entreprise : « on s’y habitue ». D’ailleurs, la jeune femme apprécie beaucoup sa vie à San Francisco. À Wasselonne, elle s’appuie beaucoup sur son oncle qui s’occupe de la partie technique et de l’étude de nouveaux véhicules. « L’entreprise est jeune, il faut la suivre de près », observe Martine Kempf. Malgré tout, pour elle l’avenir est aussi ailleurs, aux États-Unis et en Allemagne. Son objectif : se stabiliser en Europe, et augmenter sa production d’équipements - un millier de véhicules sont actuellement équipés par an. Ils sont vendus à des particuliers paraplégiques ou hémiplégiques, à des concessionnaires automobiles, des sociétés de location ou à des auto-écoles. En un an, Martine Kempf a augmenté son chiffre d’affaires de 45 %. L’avenir semble prometteur pour la jeune femme qui vient d’être primée pour la seconde fois au concours Lépine, « une question de visibilité » pour elle.

Le katalavox
• la première fois que l’on a entendu parler du Katalavox, commande vocale utilisée dans l’automobile pour conducteurs n’ayant pas l’usage des bras et des jambes remonte aux années 1982-1984. le concept : une direction au pied gauche remplace le volant et l’accélérateur et le frein sont actionnés par le pied droit. les fonctions secondaires telles que les clignotants, l’essuie-glace, le lave-glace, l’avertisseur, l’éclairage sont contrôlés par la voix. et c’est en janvier 1984 que le premier permis de conduire portant la mention « fonctions secondaires contrôlées par commande vocale » a été remis à une personne dont le véhicule était équipé d’un Katalavox.
• 50 fonctions électriques, y compris
l’ouverture de la porte du conducteur, le réglage des rétroviseurs, les commandes de la radio, la sélection de la boîte de vitesse automatique, l’essuie- glace, l’éclairage, l’avertisseur, les clignotants ont pu être commandés par la voix.
• Depuis, les applications se sont multipliées, s’intégrant aux microscopes opératoires en salles de chirurgie, au contrôle de fauteuils roulants pour tétraplégiques, au contrôle de fonctions secondaires dans l’automobile pour conducteurs handicapés physiques. D’autres activités incluent le développement de contrôle électronique pour Kempf SaS en Europe.





Concours Lépine régional Strasbourg
Avis aux inventeurs Du 7 au 17 septembre Le Concours Lépine permet aux inventeurs de faire une étude de marché, de trouver un fabricant, un distributeur, ou encore de vendre directement une pré-série aux visiteurs. Pour l’édition 2007 à Strasbourg, une centaine d’inventions seront exposées au Pavillon K, dans le cadre de la Foire Européenne. Trois thèmes seront tout spécialement mis en avant sous forme de pôles sectorisés : les technologies médicales, les énergies alternatives, les biotechnologies. C’est au cours de la remise des prix, le 1er septembre, que le Prix du Maire de la Ville de Strasbourg sera décerné à un inventeur. Récompense ultime parmi les diverses distinctions institutionnelles, ministérielles et les médailles d’or, d’argent et de bronze. Les dossiers de participation au Concours Lépine Régional de Strasbourg sont disponibles.


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